
Parasitage tellurique
de Mathilde Lauret
Parasitage tellurique explore les interactions sensibles entre l’inaudible et le silence naturel à travers une installation immersive mêlant sculpture éphémère, photographie et dispositifs sonores tactiles. Sur un tapis de scories volcaniques, des pétales sculpturales et souples émergent, comme des organismes hybrides enracinés dans un sol minéral. Aux murs, des photographies documentent une première expérimentation dans les paysages alpins de Biella et Oropa, en Italie, dans le cadre du programme de résidence Nouveau Grand Tour.
Cette activation in situ a permis à l’artiste de confronter ses formes à un environnement réel, en matérialisant les perturbations sonores dans la matière, par une démarche plastique et poétique. Pensée pour être installée dans des zones volcaniques de La Réunion, l’œuvre incarne symboliquement les silences parasités — ces silences contaminés, rendus instables par la présence humaine dans des milieux prétendument intacts. Les dispositifs tactiles transforment en vibration des bruits captés sur l’île : infrasons, grondements lointains, interférences industrielles ou naturelles, retravaillés ici sous forme de transcriptions semi-fictives.
Ce travail sur le son rend perceptible une mémoire invisible du territoire volcanique, une tension sensorielle enfouie dans ses paysages. Inspirées de végétaux imaginaires ou de champignons sauvages, Parasitage tellurique propose une expérience volontairement ambiguë. Elle invite à ressentir autrement le monde : par le toucher, l’écoute vibratoire, l’éveil d’un malaise contenu. En croisant sculpture, image et sensation, l’installation interroge la frontière entre beauté et gêne, bruit et silence, nature et fiction. Elle reflète aussi une perception intime du territoire réunionnais — un paysage aussi magnétique que chargé, dont les silences ne sont jamais neutres.
